EXPOSITION DE PHILIPPE BERRY SUR LA BUTTE

  • 18358840_452820605052654_8341853870695609484_o
  • 18359263_452820718385976_2068684813788037710_o
  • 18401967_452821088385939_8992072070385969767_o
  • 18402070_452821381719243_5444587440141364994_o
  • 18403941_452821235052591_95154816029417885_o
  • 18404244_452820401719341_2920296949469068619_o
  • 18422338_452820441719337_1370912305123980128_o

Philippe Berry : chacune de ses sculptures nous raconte une histoire

À découvrir jusqu’au 1er novembre 2017  à La Butte, l’exposition “Jeux de Ballons” parle à toutes les générations.

 

Chez Philippe Berry, le monde de l’enfance, ses facéties, sa fraîcheur, ses super-héros et son caractère éphémère mais aussi universel, servent de support à une démarche un peu plus complexe, en tout cas moins innocente. Car si le monde de l’artiste est rempli d’effigies aux formes enfantines, à y regarder de plus près, cette insouciance faussement naïve nous parle également d’un autre monde, celui des adultes et de leurs rêves brisés, du temps qui passe et rend sérieux. Poli, Philippe Berry s’intéresse aux commentaires et laisse volontiers le spectateur se raconter lorsqu’il lui confie ce qu’il devine derrière une de ses œuvres. On est en face d’un artiste qui écrit des petits scénarios et vous laisse libre de les compléter, voire de les détourner.

 

Sa propre mythologie

Fasciné par l’Antiquité et sa mythologie depuis sa plus tendre enfance ponctuée de voyages en Italie, et par la lecture d’ouvrages consacrés à cet Âge d’or, Philippe Berry a quitté la pub et son job de créatif au début des années 1980. Pour lui, l’heure était venue de se lancer. “À l’époque, raconte-t-il, j’étais très attiré par le pop art, les Nouveaux Réalistes et la Figuration libre représentée par Combas, Di Rosa ou François Boisrond. Je me sentais en phase avec leurs productions et je me suis dit : pourquoi pas moi ?” Tout a basculé en 1984. “Cette année-là, se souvient-il, j’ai ressenti le besoin de me consacrer pleinement au dessin, à la peinture et à la sculpture. C’était une nécessité et une continuité de ce que j’avais en moi depuis l’enfance”. Les premiers jours de solitude dans son atelier resteront à tout jamais gravés dans sa mémoire. “Très vite dit-il, l’horreur a pris le pas sur le sentiment jubilatoire qui m’animait. J’avais fait tellement de choses différentes avec des cadres précis, que je ne savais plus quoi faire. J’avais l’impression de sauter dans le vide.”

 

Trente années vite passées

La chance est avec lui lorsqu’il croise Bernard Lamarche-Vadel, célèbre critique d’art ayant lancé entre autres, le mouvement Figuration libre. L’auteur va le guider amicalement et Philippe Berry apprend alors, à aller vers ce qu’il a profondément envie de faire. “Ce moment a été très difficile, concède l’artiste. Il a fallu tout casser pour tout reconstruire… Je me suis accroché et j’ai fini par me trouver.” À l’écrivain s’ajoute vite une première galeriste, Marie-Hélène Montenay qui exposera – en belle compagnie (Bill Taylor) – ses premiers dessins, ses premières aquarelles et un peu plus tard, ses premières sculptures. Ensuite sont arrivés Pierre et Marianne Nahon et en 1999, Gerald Piltzer avec le prestige et l’entregent de ces faiseurs de réputation. “Finalement, tout s’est enchaîné très vite reconnaît Philippe Berry et je n’ai pas vu passer les années.” Sa production en témoigne. Heureux d’être un artiste reconnu, indépendant et vivant de son art, le sculpteur poursuit sa route au gré des rencontres et des envies, jamais loin de la bulle qu’il s’est créée. “Je rêvais de capturer des instants, des images et des émotions de l’enfance que personne avant moi n’avait pensé à immortaliser et c’est ce que je fais depuis plus de trente ans. Mon idée a toujours été d’inscrire dans l’histoire de l’art, notamment à partir d’une matière noble comme le bronze, les archétypes de l’enfance : la pâte à modeler, les jouets ou objets anodins comme un simple ballon en caoutchouc… Regardez une fée dessinée par un enfant avec son chapeau pointu et ses cheveux longs ; elle est d’une lecture universelle mais finalement, n’a pas de formes : elle est soit crayonnée sur une feuille de papier vouée à disparaître, soit en pâte à modeler amenée à être réutilisée. J’ai ainsi voulu sublimer ces créations fragiles en les agrandissant et en les immortalisant dans le bronze.”

 

Une dualité passionnante

Mais le monde de l’enfance est aussi pour Philippe Berry, au-delà du discours et de sa forme ludique, un alphabet à partir duquel l’artiste exprime un sentiment d’adulte. Il y a une dualité passionnante dans cette œuvre qui repose sur plusieurs points. Le premier vient sans doute du regard porté sur l’anodin qui reste un regard d’homme avec son vécu, ses cicatrices, son questionnement sur la vie. Le second point vient de la forme, de la démesure donnée aux objets réalisés par Berry, en installant par exemple sur le Grand Parc de la ville de Saint-Ouen, son Arc-en-ciel de dix mètres sur trois. “Le fait d’agrandir change le regard porté sur les choses, commente-t-il. C’est pour cette raison que j’ai souhaité agrandir des soldats de plombs. On a l’habitude de voir de véritables armées dans les chambres des petits garçons, mais subitement, en développant l’une des figurines, ces mêmes soldats, sans que l’on intervienne, prennent une autre dimension.” Pour l’artiste, la création est non seulement un regard porté sur l’anodin, mais aussi sur l’émotion. Le contexte enfantin est un terrain favorable puisqu’il permet à chacun de s’attendrir spontanément en s’y transposant avec délice. Dès lors, la rencontre avec une œuvre de Philippe Berry est un moment rare puisque qu’il s’agit d’un retour à l’innocence des premières années. Précieuse, cette confrontation ouvre les portes d’un monde où la poésie et l’absence de préjugés facilitent le récit et l’introspection.

 

La couleur en plus

Depuis le milieu des années 2000, la couleur s’est invitée dans les sculptures de Philippe Berry. Et si le bronze reste le matériau de prédilection de l’artiste, il s’est depuis libéré de la seule patine, pour introduire via des peintures chromées, des pointes de couleurs étincelantes qui ajoutent à la féérie. On s’éloigne un peu de l’Antiquité pour s’intéresser aux contrastes. L’enfant chez Philippe Berry, a incontestablement un peu grandi en trente ans. Après Pikachu, les super-héros ont succédé aux coffres à jouets et aux panoplies de Zorro ; les sculptures de Berry sont ainsi devenues des jeux d’adultes auxquels on ne demande plus de ranger leur chambre. Elles s’exposent en évidence comme autant de pieds de nez.

 

Tous les jours de 9 h à 18 h

www.philippe-berry.com

 

 

Une exposition organisée en partenariat avec la Fondation Dana

L’exposition “Jeux de Ballons” fait suite à l’atelier créatif “À fond les ballons” organisé les 2 et 3 mars derniers à l’initiative de la Fondation Dana. À cette occasion, Philippe Berry s’était rendu au centre de rééducation fonctionnelle de Ty-Yann à Brest pour y animer un atelier d’ouverture au monde de l’art, au bénéfice d’un groupe d’enfants hospitalisés. Pensée spécifiquement avec les équipes du Centre Ty-Yann (Fondation Ildyss) pour permettre aux enfants de plonger dans l’univers à la fois enfantin et universel de l’artiste, cette rencontre enrichissante a été occasion unique de faire cohabiter des univers qui se côtoient trop peu, et ainsi mettre en lumière, l’enfance dans toute sa diversité.

www.fondationdana.bzh