RENCONTRE – QUAND PIERRE SIMON RACONTE LES SECRETS DU MIEL

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Rencontre avec Pierre Simon, propriétaire de quelques ruches sur Keremma et passionné d’apiculture

 

Gourmand de miel et de tous les produits de la ruche, fasciné par le monde des abeilles, Pierre Simon est devenu apiculteur par passion.

 

C’était il y a vingt ans. “J’ai dû apprendre, lire beaucoup sur le sujet car cela ne s’improvise pas, confie-t-il.” À la tête d’une quinzaine de ruches aujourd’hui réparties dans la campagne de Plougastel-Daoulas, à Keremma et en périphérie de Brest ce passionné est devenu expert. “On travaille beaucoup dit-il, et contrairement à ce que l’on pourrait penser, c’est un travail de tous les jours. Le but, pour nous apiculteurs, est de réunir de grosses colonies d’abeilles produisant beaucoup. Elles fabriquent déjà pour elles-mêmes, à nous de faire en sorte qu’elles fournissent encore plus.” Pour y parvenir, pas de mystère : il faut bien les soigner, été comme hiver. “En hiver, raconte Pierre Simon, il faut les nourrir quand elles en ont besoin. Au début de la saison, il est nécessaire de sélectionner les reines dont l’activité va régir l’activité de toute la ruche, notamment au printemps lorsque l’abeille souveraine pondra jusqu’à 2 000 oeufs par jour…”

QUELQUES RÈGLES A CONNAITRE
Mais comment débuter une activité d’apiculteur ? “Il faut d’abord se constituer une colonie, répond Pierre Simon. Celle-ci peut être achetée chez des spécialistes mais on peut aussi capturer un essaim sauvage. Il faut bien entendu connaître le fonctionnement de cette colonie, quelle est sa loi ? Tout est organisé en fonction de la reine. Entourée de plusieurs dizaines de milliers d’abeilles, elle est la seule à pondre et s’assure de ce monopole en diffusant des phéromones qui bloquent le processus de développement des ouvrières ; celles-ci vont alors pouvoir se consacrer exclusivement à butiner pour nourrir la reine et ses larves.” Alors que la durée de vie d’une ouvrière n’est que de quelques semaines en été et quelques mois en hiver, la reine vivra de trois à cinq ans et pondra durant toute cette période, après avoir été fécondée par plusieurs mâles, quinze jours environ après sa naissance. “Son pouvoir est immense remarque notre apiculteur, car la reine des abeilles a une maîtrise totale de sa progéniture. Elle peut décider si une larve sera fécondée ou non ; si elle l’est, elle sera ouvrière, si elle ne l’est pas, ce sera alors un mâle, appelé faux bourdon.” Il est aussi intéressant de noter que la vie dans une ruche est essentiellement féminine. Les mâles qui naissent à la mi-avril n’ont qu’un second rôle : ils sont à disposition pour la reproduction… Au cas où ! Le reste du temps, ils ne font rien, à part manger ce que les ouvrières apportent ; quand en fin de saison la nourriture se fait rare, les ouvrières les tuent !

SURVEILLER LA REINE
L’intérêt pour l’apiculteur est donc de posséder une reine qui soit au maximum de ses capacités de ponte pour que les ouvrières, percevant parfaitement l’importance de la colonie de larves à nourrir, rapportent le maximum de pollens. Pour bien accompagner les abeilles ouvrières dans leur mission nourricière, mieux vaut placer les ruches dans des zones “rentables”, c’est-à-dire riches en fleurs sur une période de l’année la plus étendue possible. Une reine en baisse de régime devra être supprimée. Et là encore, la nature a tout prévu ! Les oeufs se transforment en larves au bout de trois jours et la vie de cette larve est de six jours. Le menu d’une ouvrière est constitué de gelée royale durant trois jours, et le reste du temps, de miel et pollen. Pour obtenir une reine, il suffira aux ouvrières de nourrir la larve six jours à la gelée royale. Elles agissent ainsi spontanément quand une reine vient à disparaître !

MIEL TOUTES FLEURS
Les miels de Pierre Simon sont toutes fleurs, à la différence des miels monovariétaux qui doivent être constitués à 80 % de pollens d’une même origine, comme le tilleul, le châtaignier, la lavande… Mais attention, qui dit miel “toutes fleurs” ne dit pas miel de seconde zone. Au contraire. Il arrive que ces miels, de par les variétés des fleurs implantées sur une zone – comme le serpolet bien présent sur les dunes de Keremma par exemple – aient une originalité toute particulière. Avec cette réserve, le miel récolté une année ne sera jamais tout à fait le même que l’année précédente. Il suffit en effet qu’il pleuve durant quelques jours pendant la floraison de telle ou telle fleur pour que cette variété n’entre pas ou quasiment pas dans la composition d’un miel. Et naturellement, cela joue sur le goût.

FOURNISSEUR DE LA BUTTE RESTAURANT HOTEL & SPA
Avec des ruches à quelques vols d’oiseau de La Butte, le chemin de Pierre Simon pouvait difficilement ne pas croiser celui de Nicolas Conraux. “Je fourni La Butte en miel depuis deux ans, précise l’apiculteur. Celui-ci n’est pas travaillé, il n’est jamais chauffé, juste filtré mécaniquement. Travailler avec Nicolas est intéressant, poursuit-il, car on s’inscrit dans une région.” Depuis peu, c’est un produit encore plus naturel qu’apporte Pierre Simon dans les cuisines du restaurant étoilé. “Il s’agit de miel en section que l’on trouvait fréquemment jusque dans les années 60 et qui se présente sous la forme de miel entouré de ses alvéoles de cire.” Découpé en rectangles, le miel en section – appelé aussi miel en rayon – plaît aux amateurs de produits naturels, mais aussi aux gourmets qui apprécient ce contraste des textures. “Nous avons commencé à l’intégrer dans un dessert de La Table de La Butte, note l’apiculteur – Miel en section, gingembre et croquant de crème mingaux – qui a beaucoup de succès .” Tellement de succès que l’homme de l’art pense pouvoir en proposer prochainement, en pot, au Comptoir de La Butte.

COMMENT DÉVELOPPER SES COLONIES ?
Pour développer son parc de ruches, il est indispensable de respecter quelques règles. On commence par diviser la ruche en enlevant quelques cadres (de nombreuses ruches sont équipées de dix cadres) et en prenant soin d’extraire un cadre avec des oeufs. Il faut ensuite éloigner cette nouvelle ruche d’au-moins trois kilomètres de la ruche mère ; le processus naturel va alors se reproduire : les ouvrières “fabriqueront” leur reine et une nouvelle colonie se développera.

LES ABEILLES MENACÉES
Plus que la pollution, c’est bien souvent le manque d’entretien qui est à l’origine de la disparition des abeilles. Leurs ennemis sont connus (frelon asiatique, loque américaine, virus…), mais le plus redoutable est un parasite appelé le varroa. “Cet acarien est le problème majeur des apiculteurs, souligne Pierre Simon. Et le seul moyen d’en venir à bout avec efficacité, est la chimie.”
Il existe bien des huiles essentielles, mais leur efficacité n’est malheureusement pas suffisante pour enrayer la redoutable invasion du varroa. Il faut savoir – et la littérature sur le sujet est passionnante tant les attaques du parasite sont savamment orchestrées – que la femelle varroa pond ses oeufs dans les alvéoles où se trouvent les oeufs pondus par la reine et cause de vrais dégâts en s’attaquant directement aux oeufs, larves et insectes en formation, et principalement aux mâles qui ont besoin de 24 jours pour venir au monde, tandis qu’une reine naîtra en 16 jours et une ouvrière en 21. Une ruche peut être décimée en deux ans. Le traitement permettant de réduire la présence du varroa s’applique à la fin de l’automne et il est efficace à 90 %…
Pour Pierre Simon, l’entretien régulier des ruches est la clé principale de la réussite de tout apiculteur.

 

Pierre Simon Apiculteur
7 rue du Fou de Bassan I 29850 Gouesnou
Tél. 06 81 79 82 66 I f.p.simon@wanadoo.fr

PHOTOS : Simon COHEN