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Dunes : Les plantes de l’extrême

Par Nicolas Conraux
Le 25 janvier 2019 | Catégorie(s) : Actualités
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Si le paysage dunaire breton fait incontestablement partie des merveilles de la nature que le monde nous envie, sa flore étonnante capte l’attention des botanistes depuis la nuit des temps. Évocation de ce trésor avec René Roudaut, pharmacien passionné botanique et de la côte bretonne.

Nous ne sommes pas dans les alpages de Haute-Savoie et Nicolas Conraux n’est pas le disciple de Marc Veyrat, l’homme au chapeau noir ! Et pourtant, si elles n’étaient aussi fragiles et protégées, les dunes des environs de Plouider mériteraient une médiatisation à la hauteur de leur intérêt. D’abord pour la beauté du paysage qu’elles forment, changeant au fil des saisons, ensuite pour la richesse de leur flore. Une flore méritante, c’est le moins que l’on puisse dire ! Imaginez des conditions de vie particulièrement hostiles avec des embruns et du sable qui n’ont rien de mieux à offrir qu’un substrat pauvre, sec, salé et qui plus est mobile ! Les plantes qui s’y plaisent sont vraiment étonnantes, tout comme peut l’être leur capacité d’adaptation à ce milieu naturel calcaire et salé.

 

VINGT ESPÈCES D’ORCHIDÉES

En adaptant leur physiologie et leur morphologie à la vie dunaire, les végétaux ont su conquérir ce milieu inhospitalier, et ce faisant participent à sa construction. Pour résister aux impacts des grains de sable, certaines plantes ont des tiges et des feuilles épaisses. Pour protéger leurs stomates – des organes vitaux pour les plantes où ont lieu les échanges gazeux de la photosynthèse et de la respiration -, elles les mettent à l’abri grâce à une enveloppe résistante ou en enroulant leurs feuilles. Mais rien décidément n’arrête la nature lorsqu’on la laisse livrée à elle-même. C’est le constat que l’on peut faire lorsque l’on découvre qu’en Bretagne, près de la moitié des espèces du littoral se rencontrent dans les dunes. Et que l’on découvre qu’avec leur richesse en calcaire et leur microclimat chaud et sec, les dunes offrent des conditions idéales au développement des orchidées. Plus de vingt espèces ont été observées dans les dunes de la région, les plus rares côtoyant les plus communes.

 

GÉRER LE MANQUE D’EAU

Sur la dune, la sécheresse est probablement le facteur le plus délicat à gérer. Tout est bon pour capter et garder l’eau. Certaines espèces comme l’oyat plongent profondément leurs puissantes racines dans le sable à la recherche de l’eau. Longues et étroites, charnues, poilues, minuscules… les feuilles ont des formes très variées pour limiter les pertes d’eau et l’assèchement par le vent. Mais les espèces les plus stupéfiantes restent sans doute les lichens et les mousses qui vont jusqu’à se déshydrater et ralentir leur métabolisme pour supporter les longues périodes de sécheresse. Il existe de nombreuses espèces annuelles dans les dunes. Elles fleurissent au printemps quand le milieu est humide et ensoleillé puis dispersent leurs graines en attendant que les conditions redeviennent propices. Par ailleurs, les dunes sont aussi des milieux pauvres en éléments nutritifs. Les plantes qui s’y développent doivent donc se contenter du peu que leur offre des sols calcaires liés aux débris de coquilles de mollusques marins et de gastéropodes terrestres. Les plantes qui s’en contentent sont baptisées “calcicoles”. Si l’on ajoute au sel, au calcaire et au manque d’eau, les contraintes associées à une forte luminosité, au vent et au sable, on comprend à quel point cette flore est fragile.

 

DES DUNES À LA CUISINE

Au premier rang des plantes qui trouvent une place en cuisine, René Roudaut site la criste marine dont il regrette la cueillette un peu trop intense pour de basses raisons mercantiles. “Son usage devrait rester familial, précise ce passionné de botanique.” Un passionné qui nous rappelle que Shakespeare évoquait déjà cette plante dans Le Roi Lear, texte dans lequel il est question des “gens qui gagnent dangereusement leur vie en récoltant la criste sur les falaises escarpées du bord de mer”. “À cette époque, précise notre expert, c’était une plante relativement populaire parce qu’elle aidait à la digestion, elle était également très recherchée par les marins parce qu’elle permettait de lutter contre le scorbut qui décimait les équipages lors des longues traversées.” Aujourd’hui le scorbut a disparu mais cette plante reste utilisée comme condiment et, comme les cornichons, elle se conserve dans du vinaigre. Autre plante dunaire qui trouve sa place en cuisine en remplacement du thym : le serpolet. Déjà cité par Rabelais, La Fontaine et Giono, cette plante rampante et polymorphe donne une huile essentielle très active qui contient du thymol et du carvacrol dont les vertus antiseptiques, antispasmodiques et digestives sont connues. “On l’utilise en pharmacie commente René Roudaut, mais également en liquoristerie où sa saveur douce est appréciée.” Autre plante facile à trouver dans les dunes de la région : le lotier corniculé, corniculé venant de cornu qui signifiait corne, une allusion aux gousses de la plante qui ressemblent à de petites cornes. C’est sous le nom de “sabot du petit Jésus” que notre pharmacie désignait cette légumineuse dans sa jeunesse, en référence à sa fleur jaune orangé qui évoque un petit sabot. C’est une plante assez courante commente-t-il, qui a la particularité de nous avoir appris, via les recherches d’un botaniste suédois – Linné – que certains végétaux peuvent connaître le sommeil en ayant une attitude différente la nuit, en refermant leurs fleurs et repliant leur feuillage comme pour entrer en phase de repos. C’est quelque chose qui devrait interpeller nos amis végans qui accusent nos bouchers de crimes abominables sans se soucier du sort des plantes qui ont une vie et une sensibilité bien à elles ! Outre le fait que l’on puisse l’incorporer dans une salade, il est utile de noter qu’en infusion le lotier a des vertus somnifères qui ont été découvertes incidemment il y a peu.


LES VERTUS DU FENOUIL MARIN

La criste marine, autrement appelée fenouil marin ou perce-pierre, a inspiré un petit poème traduit de l’italien par l’ethnobotaniste Pierre Lieutaghi. Utile pour qui voudrait en mémoriser les vertus médicinales.

La graine de fenouil dans le vin détrempée,

Ranime, excite une âme à l’amour occupée,

Du vieillard rajeuni, sait réveiller l’ardeur,

Du foie et du poumon dissipe la douleur ;

De la semence encore le salutaire usage,

Bannit de l’intestin le vent qui faisait rage.

 


Parmi les sources qui nous ont permis de construire cet article : l’excellent dossier « Les dunes en Bretagne » édité par Bretagne Environnement.

www.bretagne-environnement.org

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